A partir du premier septembre, la France d’après ne sera plus un rêve : dans une dominante bleutée (forcément), un réchauffement intempestif de l’âme nationale fera fondre le pergélisol cérébral des Bravepatriotes et le fera ruisseler, tiède et onctueux, jusque dans les recoins les plus inaccessibles de la France d’en bas. Plus tard, mais là n’est pas notre propos, le niveau du bonheur s’élèvera brutalement et un grand coup de frais devrait s’abattre sur l’Elysée en fin d’après-midi.
Le miracle qui permettra à un peuple aux conceptions sociales et économiques étriquées par des décennies de novlangue marxiste - subventions, aides, Code du Travail - d’ouvrir enfin les yeux aux Lumières de la pensée néo-libératrice a un nom : Web 2.0.

Le Web 2.0 est au Web 1.0 ce que le gouvernement Raffarin 2 était à Raffarin 1.

Le Web 2.0, c’est cette synergie d’applications en ligne qui a permis de renverser la fameuse loi de Pareto. Ce principe spécifiait que 80% des consommateurs écoutaient les conneries répétées par les 20% qui accaparaient le comptoir. Grâce au Web 2.0, 80% des gens publient maintenant leurs propres conneries sur Internet, mais seulement 20% les lisent.
Or 20% suffisent largement pour accéder au second tour d’une élection présidentielle. L’UMP entend donc capitaliser sur les nouvelles technologies pour mettre en avant son programme et capter ces 20% d’électeurs potentiels :

"Parce que la blogosphère est devenue l’une des principales galaxies de l’univers Internet, nous ouvrons aujourd’hui notre plateforme de blogs.
Elle nous permettra d’abord de nous exprimer, de fédérer tous les blogueurs de notre famille, de multiplier leur présence et leur visibilité."

Nicolas Sarkozy

Sa visibilité, l’UMP la gère avec maestria en ce qui concerne les media traditionnels comme l’ORTF et la presse de référence du soir. Du côté des nouveaux media, en revanche, le terrain est encore occupé par des groupuscules gauchisants qui s’appuient sur des technologies supérieures en matière de référencement par les moteurs de recherche, mais malheureusement gratuites [1].
La gratuité étant un concept suspect à l’heure où il s’agit de réhabiliter la valeur pognon et la France n’étant pas prête pour une gestion responsable de l’Internet à la chinoise, l’UMP a donc choisi de s’adresser à des spécialistes surpayés à haute valeur ajoutée pour définir sa stratégie web, nom de code "Coming Out".

La visibilité est au candidat de petite taille ce que l’audibilité est à l’arbre qui souhaite tomber dans la forêt.

Sous la direction de MM. Malhuret et Solère, la cyber-équipe de choc de l’UMP a ainsi défini un plan de bataille en plusieurs étapes, respectant à la lettre le désir de visibilité de M. Sarkozy :

 en septembre 2005, l’agence l’Enchanteur des Nouveaux Médias envoie des e-mails non sollicités à caractère informatif à la plupart des internautes français. Quelques mois plus tard, elle cible les autres mammifères intelligents.
 en octobre et novembre, la même agence investit les liens commerciaux de Google afin de rassurer les Français horrifiés par les émeutes fomentées en banlieue par Al-Qaida.
 en décembre, le gourou des NTIC Loïc Le Meur [2] met en ligne le premier podcast consacré à un homme politique français, une interview sans complaisance de Nicolas Sarkozy. La hype bat son plein 12 bonnes minutes.

Au mois de juin 2006, les responsables de l’opération "Coming Out" se rendent compte qu’un terrain n’a pas encore été conquis : l’espace qui se trouve à gauche des liens payants sur Google. Pour le reprendre aux trotskistes, il faut à tout prix créer de la matière, et de préférence quelque chose de plus consistant que des putains de tongs. Les technologies du Web 2.0 le permettent, on l’a vu, en mettant en avant le user-generated content, le contenu généré par les utilisateurs : les sympathisants de l’UMP seront mis à contribution et travailleront eux-mêmes à la propagation des idées concepts slogans de leur parti [3].
Après une période d’essai durant laquelle les ténors du parti ont rodé le concept, l’UMP est aujourd’hui prête à ouvrir sa plateforme de blogging aux militants. Les liens entre chacun des blogs, la possibilité donnée au visiteur de commenter les articles et ainsi de contribuer à la somme de sagesse populaire offerte à tout internaute, tout concourt à créer une version maximisée de ce haut-lieu social cher au cœur de tous les Français : le Café du Commerce.

Comme dans sa version analogique 1.0 auront lieu au Café du Commerce 2.0 des discussions sans tabous ni mines de vierges effarouchées. Comme dans sa version 1.0, le Café du Commerce 2.0 aura son lot d’observateurs et de grandes gueules, ses désaccords et ses embrassades, ses répétitions, ses doutes et ses certitudes péremptoires, ainsi bien entendu que sa flaque de pisse à côté de la cuvette des toilettes.
L’espace d’échanges proposé par l’UMP sera le premier du genre offert par un parti politique français. Et surtout, il générera du contenu, beaucoup de contenu, suffisamment pour rendre visibles dans Google, Yahoo, MSN et consorts les idées concepts slogans de l’UMP. Quand le rapport noise-to-signal [4] sera pour le débat politique français le même que pour les autres domaines de la société, Nicolas Sarkozy aura fait un grand pas vers l’Elysée.

Bravepatrie.com souhaite à l’UMP la bienvenue dans le grand monde du Portnawak sur Internet™.