Il y a le plaisir de chanter la Marseillaise dans des stades remplis d’Allemands, bien sûr, d’un peu plus abreuver les sillons avec du sang impur à chaque étape de la compétition. Ne le boudins pas.
Il y a surtout, et c’est bien plus important, le bonheur de constater que notre peuple surpasse grâce à son équipe de football ces pédés d’Allemands, ces pédés de Costa-Ricains, ces pédés de Polonais, ces pédés d’Equatoriens, ces pédés d’Anglais, ces pédés de Paraguayens, ces pédés de Trinitains, ces pédés de Suédois, ces pédés d’Argentins, ces pédés d’Ivoiriens, ces pédés de Serbes et de Monténégrins, ces pédés de Hollandais, ces pédés de Mexicains, ces pédés d’Iraniens, ces pédés d’Angolais, ces pédés de Portugais, ces pédés de Ghanéens, ces pédés d’Américains, ces pédés de Tchèques, ces abrutis de script kiddies brésiliens, ces pédés de Croates, ces pédés d’Australiens, ces pédés de Japonais, ces pédés de Coréens, ces pédés de Suisses, ces pédés de Togolais, ces pédés de Saoudiens, ces pédés de Tunisiens, ces pédés d’Espagnols, ces pédés d’Ukrainiens et peut-être, nous le saurons dimanche, ces pédés d’Italiens.
Nous surpassons beaucoup de pédés.
Il y a de quoi être fier d’être Français.
Les Bravepatriotes l’ont bien senti, qui se sont rangés sans réserve derrière leur équipe à un stade plus précoce que lors de la compétition de 1998, encouragés en ceci par l’imbattable flair du Président de la République.
Ce soutien, il nous faut l’arborer à travers un lieu de mémoire pour participer à la fête, pour montrer et dire que oui, nous sommes bien membres de ce peuple supérieur. Il ne suffit pas d’être né, d’avoir grandi ou de vivre en France, de parler français ou de jubiler aux touches de balle de Zidane, cela est trop commun pour être significatif. Il faut plus. Il nous faut, pour nous conforter dans notre reconnaissance mutuelle, adopter un symbole d’identité fort.
La limace albinos qui vit sur la tête de Djibril Cissé étant en vacances forcées, le maillot officiel de l’équipe de France étant hors de prix, la seule alternative élégante et économique est le drapeau, qu’on peut fabriquer avec trois torchons et des pinces à linge.
De fait, c’est bien le drapeau tricolore qu’on voit fleurir depuis deux semaines dans toute la France, à ses fenêtres et balcons, accroché à l’antenne de sa 205, maquillé sur ses bonnes joues rouges de modestie.
Il était encore bon, il y n’y a pas si longtemps, de vilipender ce drapeau au nom d’un tiers-mondisme consensuel. Seule une extension de l’arsenal législatif a pu le sauver des coups de boutoir de l’Anti-France. Aujourd’hui, ce drapeau annonce, le renouveau d’un sentiment patriotique moribond depuis la fin 1914.
A nouveau, le peuple dans son entier - et pas seulement les habituels nostalgiques du IIIème Reich qui « veulent exprimer leur désarroi » - vibre en tricolore et sent sa chair se pouler à l’écoute de la Marseillaise. A nouveau le peuple dans son entier est prêt à marcher comme un seul homme vers un avenir radieux, au nom de l’intérêt supérieur de la Nation. A marcher sans doutes ni interrogations. A courir la tête la première en faisant l’avion. Vers Berlin. Vers le Mur. N’importe où, sous le drapeau.
Ce miracle patriotique est une surprise. Le déclin que la menace (par exemple la révocation du titre de séjour pour les étrangers auteurs d’outrage) peinait à neutraliser s’est retourné sous les effets de l’espoir pour devenir une force positive, une manifestation d’unité et d’obéissance.
Il faut se rendre à l’évidence : les Français préfèrent largement la carotte au bâton. Peu importe qu’on l’agite devant ou derrière eux, les Français adorent la carotte. C’est une constante dont les gouvernants responsables auront à tenir compte à l’avenir.
La promesse et la mémoire du bonheur devront donc être les instruments prépondérants d’une gouvernance harmonieuse, qui permettra de tenir le pays d’une main de fer fédérer tous les Français sous la bannière d’une grande cause, pourvu qu’elle soit nationale. Le Bonheur rend Nicolas Sarkozy libre, et cette Coupe du Monde est l’aurore de rêve de cette nouvelle ère.