Amoureux des traditions nationales, tel Louis le Bien-Aimé qui flagelle le très rétrograde parlement de Paris et rappelle à son bon peuple que la souveraineté est une et indivisible, le Président Sarkozy se dresse à présent comme un coq contre les magistrats gauchistes et signifie à qui ne l’aurait pas compris qu’après Dieu, le seul maître du poulailler, c’est lui. Maurice Barrès, sa terre et ses cadavres en putréfaction se lèvent et applaudissent. Charles Maurras et Pierre Gaxotte ont une érection post-mortem.

Mû par son ardente volonté de tout simplifier à l’extrême pour mettre sa politique à la portée du dernier des cons, notre Président à hydrogène s’attaque donc à l’épineux problème de l’unité du pouvoir, ayant déjà relégué l’assemblée nationale au simple rang de chambre d’enregistrement, sans droit de remontrance. Voilà qui promet d’être foutrement plus rationnel.

Après Sarkozy source du droit, voici donc Sarkozy « fontaine de justice » comme on disait chez les capétiens, et on ne s’en portait pas plus mal. Certes il est à penser que le Président préfèrera le ficus benjamina de son bureau élyséen au chêne de Saint-Louis où on se pèle un peu le cul, mais qu’importe l’intention y est : foutre en l’air ce qui restait de l’indépendance de l’accusation dans le procès pénal.

Nicolas Sarkozy attend le nouveau monde de pied ferme

On évitera ainsi que des juges pédophiles multirécidivistes ne provoquent un Outreau de l’abus de bien social et fassent fuir ce qu’il reste à la Bravepatrie de créateurs de richesses, les mis en examen devant être rigoureusement sélectionnés par le parquet, donc par le gouvernement.

Le squelette de Tocqueville ricane de satisfaction, lui qui voyait dans le centralisme républicain de son époque un prolongement de l’Ancien Régime. Henri Guaino et ses amis, d’ailleurs, ne se cachent pas d’être de vrais révolutionnaires, et comme la sainte canaille de 89 inspirée par une relecture ambitieuse de Montesquieu, de déclarer sans réserve : « Le juge n’est que la bouche de la loi : j’espère au moins qu’il suce bien ».

Gageons que nos gouvernants porteront très haut l’oriflamme de l’absolutisme et que les Français, loin de vouloir couper la tête de leur souverain, viendront lui rendre l’hommage lige qu’il mérite. Le rétablissement des bonnes coutumes du royaume est à ce prix.