A Buenos Aires, les groupies sont déjà folles de joie.

Peu d’événements sont aussi révélateurs du niveau de vie d’un pays que l’organisation d’un rallye motorisé. A la notable exception du Monte-Carlo, largement surfait, ils prennent en effet tous place dans de magnifiques terres sauvages, où la loi de la jungle le dispute aux œuvres sociales de la police locale pour faire de chaque faux-pas une chausse-trape potentiellement létale.
Jaune (un vieux rallye), le Limousin, Dakar justement... autant de noms magiques autour desquels ont éclos comme des fleurs fragiles au milieu de carrosseries froissées des champions aujourd’hui immortels et des ateliers macramé qui font le renom culturel de la région.
Mais avant de devenir un terrain de jeux pour riches et bénéficier des retombées économiques de la présence de ceux-ci, un pays se doit d’atteindre un niveau économique où 1000 dollars par enfant écrasé semblent être un dédommagement correct.
C’est ce qu’a su faire l’Argentine, courageusement, depuis le milieu des années 1970. Le taux d’inflation, la répartition des richesses et la proportion d’Argentins vivant sous le seuil de pauvreté font que la fière nation italo-hispanique aura bientôt atteint le niveau de développement du Sénégal.
Ces qualités, Amaury Sports Organisation a su les reconnaître en attribuant le plus célèbre rallye automobile du monde aux Argentins, après une compétition acharnée avec Villiers-le-Bel.

L’Argentine a déjà demandé son rattachement à l’Union Africaine, qui se fera d’abord avec du scotch (les Malouines devraient rentrer facile dans le Swaziland, qu’il n’est plus rentable de réparer).

Au lendemain du déménagement du Dakar, peu nombreux sont les gauchistes qui osent encore se moquer de l’ex-dictature mais néo-libérale, en particulier parce qu’ils sont enfin arrivés à l’âge de raison et brisent eux aussi l’emmerdement d’une vie politiquement correcte en allant faire vroum-vroum chez les Noirs.
Si la course commençait à s’essoufler après 29 éditions - contrairement à Thierry Sabine qui lui semble n’avoir pas pris une ride - le changement de terrain relance son intérêt sportif : pour couvrir 6000 km de pampa en ligne droite sans rentrer dans un pudu, il faut des nerfs d’acier. La proximité de l’Argentine avec les principaux pays producteurs de cocaïne devrait toutefois être d’un grand secours aux concurrents.
Les retombées économiques du rallye 2009 sont en revanche moins faciles à estimer : la faible densité de la population patagone rend peu probable la présence d’un public prêt à pousser ses petits sur la piste pour mieux apercevoir les pilotes. Adios los pesos.
Les espoirs du PIB argentin reposent donc sur l’ingéniosité légendaire du général Aussaresses, qui a soumis à l’armée un projet de spectacle célébrant son glorieux passé : s’il n’y a malheureusement pas de Lac Rose à Buenos Aires, il devrait toutefois être possible de teinter à nouveau les eaux du Rio de la Plata avec le sang des dissidents hélidroppés.
Et comme au bon vieux temps, ça devrait plaire aux investisseurs.