Comme si celui de l’agriculture ne suffisait pas, voilà que les « loisirs créatifs » ont aussi leur salon. Un tel événement fait se ruer les ménagères provinciales vers notre belle capitale. Et là, au lieu de courir les expositions Monet, Soulages, ou encore piller les boutiques de l’avenue Montaigne, ces dames choisissent de s’enfermer Porte de Versailles pendant quatre jours.

Devant un comportement aussi étrange, je n’ai pu m’empêcher de m’écrier : « mais que diable les fait-elles courir si vite vers cet endroit si laid ? ». Peut-être espèrent-elles croiser Marie-Claire ou Madame Figaro « en vrai » ?
Je choisis d’enquêter en me rendant au salon. Je remarque immédiatement qu’un phénotype très particulier se détache parmi les adeptes des loisirs créatifs : vous devez arborer une coupe de cheveux courte et balayée, ainsi que des lunettes à monture épaisse et carrée. La garde-robe des fans de macramé compte des chemisiers à fleurs et des pantalons en tergal à faire pâlir la plus stakhanoviste des chercheuses en biologie moléculaire.

Je découvre ensuite, avec stupéfaction, que ces femmes possèdent tout le nécessaire pour customiser vos étuis de rouleaux de papier toilette.

La Bible des adeptes de cet art.

C’est le Paradis du napperon, le Nirvana du canevas, l’Everest du dessus de lit. Vous cherchez une idée cadeau pour votre cousine de Vierzon ? Elle rosira de plaisir en recevant le cadre photo en liège orné de coquillages de la plage de Berck que vous aurez vous-même fait faire par votre gouvernante. Mettez vous au scrapbooking, qui vous permettra de conserver précieusement les images d’Eléaonore, du temps de sa blancheur. Votre plateau en acajou précieux vous parait vieillot ? Transformez-le grâce à la technique pointue du serviettage, qui consiste à recouvrir tout ce qui vous passe sous la main de serviettes en papier. Vous rêvez de posséder un vase Ming ? Qu’à cela ne tienne, fabriquez-le vous-même grâce au cartonnage.

Fabriquez votre crèche-bois : un dessous de plat qui épatera vos amies

Il fallait y penser. Elles sont fortes, ces bougresses, pour mobiliser pendant des heures leur cerveau et leurs mains à des fins inutiles. A ce rythme de débauche de technologie, nous pouvons imaginer que le CNRS lui-même ouvrira une section « loisirs créatifs ».