Coup dur pour les fans de Tom Clancy qui n’ont plus rien lu d’original depuis 1987 de l’auteur original depuis 2004 : le roman d’espionnage français n’est pas près de prendre la relève.

Il est urgent que la France change de logiciel de traitement de texte.

Malgré un contexte géopolitique brûlant — la situation en Syrie — et des informations techniques supposées être l’état de l’art de nos connaissances actuelles, la très attendue Synthèse nationale de renseignement déclassifié a déçu ses premiers lecteurs.
L’approche marketing de l’œuvre était pourtant irréprochable : un buzz extraordinaire lancé par le président François Hollande en fin de semaine dernière, une campagne promotionnelle appuyée outre-Atlantique par l’immense Barack Obama (qui avait déjà reçu les prix Hugo et Nebula l’année même de son élection) et une campagne médiatique globale qui a monopolisé les télévisions du monde entier le week-end dernier.
Enfin, suprême raffinement, une publication surprise qui a ravi les accros des nouvelles technologies de l’information et de la communication : une auto-fuite au format électronique, gratuite et partageable à l’infini au moyen de la plateforme Scribd.

Las, il semblerait que les auteurs de la Synthèse se soient laissé aveugler par les possibilités techniques du medium au détriment de la forme, ce qui nuit à la thèse avancée.
Le résultat est un texte lourd parsemé de fautes d’orthographe et aux relations de causalité mal définies pour qui n’adhère pas, en débutant la lecture de l’ouvrage, au prédicat de base de l’auteur.
Le lecteur distrait aura par exemple du mal à comprendre le sens du paragraphe suivant, censé constituer le sommet de la trame narrative, sans le replacer dans le méta-contexte géopolitique immédiat :
« Au demeurant, il est clair, à l’étude des points d’application de l’attaque, que nul autre que le régime ne pouvait s’en prendre ainsi à des positions stratégiques pour l’opposition. »
(Il faut en effet bien connaître l’esprit tortueux des Syriens pour comprendre que l’opposition elle-même n’a aucun intérêt à prendre les positions qu’elle considère comme étant stratégiques.)

Plutôt qu’une renaissance du roman d’espionnage à la française, nous assistons ainsi à une pâle resucée des nouvelles d’anticipation qui avaient valu un certain succès à Tony Blair ou George W. Bush il y a une dizaine d’années, mais qui ont mal vieilli.
Ce survol bâclé des faits est d’autant plus dommageable que le méchant est extrêmement crédible et que la France, de par son implantation historique dans la région, pouvait se permettre de fournir une œuvre bien plus riche. Il en résulte un âcre arrière-goût de probable, alors que la littérature réelle doit convaincre.

L’espoir demeure toutefois que le scénario soit enrichi et actualisé à l’occasion de l’adaptation de cette Synthèse nationale de renseignement déclassifié en série télévisée.
La diffusion est prévue dès cette fin de semaine pourvu que le Charles-de-Gaulle puisse être posé dans un décor autre que la rade de Toulon.