Le 15 avril 1986, au cœur de la nuit, une escadrille d’avions de guerre américains bombarde plusieurs cibles stratégiques en Libye. C’est l’opération El Dorado Canyon, dont le nom signifie « J’ai des testicules plaqués or » en argot du barrio angeleño.
L’opération fait suite à des années de taquineries de la part du colonel Kadhafi, qui finance alors des opérations terroristes internationales d’obédience gauchiste.
Ce raid aérien est un demi-succès : plusieurs équipements militaires sont bien détruits mais Mouammar Kadhafi a pu se mettre à l’abri. Sa vengeance sera terrible, puisqu’il ordonnera les attentats de Lockerbie et du vol UTA 772. Près de 450 personnes, dont un Bolivien, périssent.
Cet effroyable bilan, on le doit à deux hommes en particulier : Bettino Craxi [1], président socialiste du Conseil italien qui aurait informé le dirigeant libyen peu avant l’attaque, et François Mitterrand, président de la Grande Jamahiriya française populaire socialiste, qui a interdit le survol du territoire aux avions de l’US Air Force.

Comme Nicolas Sarkozy, le président Reagan savait y faire avec les bombasses.

Un quart de siècle plus tard, en déclarant la guerre à la Libye et en proposant aux rebelles son expertise sécuritaire, Nicolas Sarkozy rend hommage à la pensée de Ronald Reagan, l’ancien président américain responsable de la chute du Mur de Berlin et du Mur Iran-Nicaragua, qui avait le premier choisi de répondre à la menace libyenne.
Plus important, chaque sortie aérienne lave un peu plus la mémoire de notre Nation en reléguant dans un oubli salutaire la complaisance dont la France a fait preuve à l’égard du colonel Kadhafi en 1986, ce qui honore à nouveau celui qui, dans ses dernières années, avait fait disparaître le Mur entre les souvenirs de sa petite enfance et ceux d’hier au soir

L’enterrement de l’héritage mitterrandien fait l’unanimité chez les intellectuels de tout bord. Dans le camp présidentiel, bien entendu, mais aussi à gauche.
Ainsi, Hugues S., éditorialiste dont l’engagement n’est plus à démontrer, s’est confié à nous lors d’une pause café à la rédaction [2].
« Au début des années 80, je me souviens des soirées... J’avais 48 ans et demi, on avait l’enthousiasme fou de la jeunesse pour les mouvements de libération populaire, mais ça nous empêchait pas de débattre.
« Moi, par exemple, je trouvais que la Fraction Armée Rouge allait trop loin avec les congés payés. Tu veux gagner de l’argent ? Tu bosses, c’est tout. Tu veux partir à la mer ? T’économises et tu fais pas chier la société. Ignacio [Ramonet, ndlr] râlait, mais j’avais qu’à faire semblant de lui mettre une baffe et il fermait sa gueule [rires].
« Mitrand a été une petite merde en refusant d’assister les Etats-Unis au moment du bombardement. Il a du sang sur les mains, mais c’est normal avec un type brun-rouge jusqu’au bout des ongles.
« Faut qu’on arrête de critiquer Sarkozy tout le temps. En Libye, il assure. T’as vu Martine Aubry envoyer des avions ? Non, parce qu’à 7 heures de taf par jour t’as même pas le temps de faire le plein et l’aller-retour Saint-Dizier Tripoli. "Ah non, excuse-moi, je peux pas t’aider à établir une démocratie et construire un cadre favorable au libre échange, je suis en RTT vendredi et lundi." Branleuse. Sarko, lui, il a des couilles. J’aime les couilles. »

Cet alignement du président de la République sur l’action du président Reagan est tout sauf improvisé. Si M. Sarkozy éprouve un attachement sincère pour la liberté et l’émancipation des peuples opprimés, il sait aussi que la méthode du garçon vacher lui a assuré une réélection triomphale en 1984. Un exploit que l’UMP espère bien renouveler en 2012 :