Tous les moyens sont bons pour relancer la croissance, y compris les plus inattendus. Déplacer des ministres d’un bâtiment à l’autre est ainsi susceptible de générer la création de 54.000 emplois : un chauffeur, une dizaine de déménageurs, et 53.989 salariés de la filière automobile. Simple, mais il fallait y penser. Seulement voilà, il est parfois compliqué de faire le tri entre des ministres qui, du reste, n’ont aucune compétence particulière pour l’éducation, l’emploi ou encore la santé, sinon celle de ramper devant l’Elysée et de lécher les souveraines talonnettes du Président de la République.

"Hein ? Quoi ? L’éducation ?"

Et tous ces gens sont en définitive assez pénibles. Nicolas Sarkozy s’en débarrasserait bien s’il n’existait pas des fadaises comme la Constitution, dans laquelle on peut lire cette parfaite absurdité : "Le Gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation". Manquerait plus que ça. Tous ces énarques n’ont pas reçu la sainte onction du suffrage populeux universel. Ils n’ont pas le droit, non, de retirer au Président les attributs de la magistrature suprême, sinon le sceptre, ils vont le prendre dans le cul.

Ça ne sont pas les ministres, mais Nicolas Sarkozy qui est ce chef National que tous les patriotes appelaient de leurs vœux, ce père que le peuple désirait ardemment depuis la tragique disparition du Grand Général. Un père aimant qui est à l’écoute de ses enfants. Un père autoritaire qui sait réprimander la fraude à l’assurance chômage. Un père juste qui sait redistribuer les richesses sous forme de considération et de chèques emploi-service. Un père pédophile qui de temps en temps, leur met un petit coup de bite.

Mais revenons à notre remaniement. C’est de la très belle ouvrage, sauf que nos intelligences inférieures ont un peu du mal à comprendre ce que Luc Chatel, par exemple, vient foutre à l’éducation nationale. C’est normal, parce qu’il n’y a rien à comprendre ! Nicolas Sarkozy n’a tout simplement pas envie de se faire chier. Réfléchir à la composition du gouvernement, c’est du temps perdu dans la bataille que conduit héroïquement le Président contre la Crise Mondialo-Globale. Alors au lieu de tirer les noms d’un chapeau, ce qui est tout de même franchement désuet et ne va pas dans le sens de la présidence dite "du mouvement", Nicolas Sarkozy a fait usage d’une nouvelle technologie : le générateur aléatoire de gouvernement.

Un poing dans la gueule depuis l’au-delà

Le générateur aléatoire de gouvernement se compose de milliers de petits cubes nacrés garnis de points noirs que l’utilisateur manipule selon un process bien précis, mais dont le secrétariat de l’Elysée a refusé de nous communiquer la teneur. Les résultats seraient obtenus en quelques minutes. La procédure peut être reproduite autant de fois que nécessaire. Un proche de l’Elysée témoigne : "On a relancé après avoir foutu NKM à l’éducation et Lang à la culture". Et de quelle manière ! Frédéric Mitterrand rue de Valois sous la présidence Sarkozy, c’est un peu comme si on violait un cadavre. Certes, le neveu du défunt général soviétique n’a rien d’un socialiste, mais tout de même, ça claque sa mère à la gauche pédé. Et que dire de ce coup de maître : Darcos au ministère du travail. Quand on connait la propension de l’intéressé à la négociation, on se dit qu’avec les syndicats, ça va nécessairement coller. Un seul regret : dommage pour Allègre, qui manifestement n’a pas eu de chance. Là, on se serait vraiment bidonné.

Bref, un bien beau gouvernement, et une bien belle méthode, qui laisse augurer des lendemains qui chantent : pourquoi pas, un jour, Steevy Boulay à la défense, Bernard Tapie au budget et François Hollande aux relations avec le parlement.