Il est clair que ce ne seraient pas ces paltoquets de gauchistes, engoncés dans leurs bons sentiments mièvreux, qui auraient songé à ce véritable coup de génie, typiquement français : des emplois contre des prisons !

La prison, la pénitence, est en effet un véritable poumon d’acier pour l’économie française. Songez-y : on peut aussi bien utiliser les détenus comme main d’oeuvre à (très) bas prix pour dépolluer les côtes d’Aquitaine ou servir de bouclier humain en Irak, qu’absorber un trop plein de chômeurs en en faisant des matons !

Et quand on sait qu’on ouvre en ce moment même des centres d’éducations fermés (la langue française n’est-elle pas admirable, "ouvrir" des centres d’éducation "fermés"), on se dit que c’est dans la joie et en famille que les chômeurs et leur mauvaise engeance travailleront de concert... Chacun de son côté des barreaux, certes, mais n’est ce pas là un faible prix à payer pour voir enfin se réduire cette fracture des générations si caractéristique de la plèbe, euh, France d’en Bas ?

Mais ce n’est pas tout, considérez plutôt : avec quoi fait-on les prisons, je vous le donne en mille ? "Du métal !", eh oui, Adrien, du 21 à Asnières, effectivement, on utilise du métal pour faire ces barreaux, du bon acier français ou en tout cas en provenance de la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier... Et autour des barreaux, ce sont des tonnes de bon béton bien robuste que l’on coule. La Prison, c’est l’essence même du Bâtiment, et ne dit-on pas que lorsque le Bâtiment va, tout va ?

Non, décidemment, l’industrie pénitentiaire est l’avenir de l’économie Brave Patrienne, et gloire à M. Perben qui a su nous montrer la voie, qui saura nous guider dans un avenir radieux, plein de villes propres aux fenêtres à barreaux, et où laxisme et indolence n’auront plus droit de cité !

On se désole toutefois de voir les 830 employés de Metaleurop, embrigadés dans un syndicalisme rétrograde, faire la fine bouche devant l’opportunité quasi-providentielle (allez, foin de modestie, disons providentielle tout court) qui s’offre à eux. Comment peut-on hésiter à devenir la première génération d’employés recyclés dans le pénitentiaire, véritables héros et hérauts d’une France Qui Va Mieux, garants d’un sain équilibre entre l’argent et les prisons ?

Gageons qu’une prompte intervention de notre sémillant ministre de l’intérieur, ainsi qu’une bourrade amicale et un discours remotivateur de notre Guide Suprême Jean-Pierre Raffarin saura les remettre dans la droite lignée d’une Brave Patrie qui saura construire sur sa délinquance les fondations d’une société plus propre.

Vive notre Brave Patrie, vive Dominique Perben et notre Guide Jean-Pierre Raffarin, vive l’administration pénitentiaire !