C’est un fait divers sordide et douloureux, comme ils le sont tous : un médecin stagiaire prescrit du Viagra à un délinquant sexuel plusieurs fois condamné. Au bout de la route, un petit garçon. Il est hors de question d’instrumentaliser cette histoire pour en faire une introduction hilarante à cet article en filant la métaphore des e-mails non sollicités. Mais si c’est pour réformer la justice en profondeur (all night long and all over her face), on peut.

Aussitôt libéré de deux longues semaines d’exil outre-mer [1], Nicolas Sarkozy a donc trouvé une petite victime à son goût.
A quelque chose malheur est bon : pour pénible qu’il soit, le calvaire vécu par le petit Enis a sensibilisé l’opinion publique à la nécessaire réforme d’un système judiciaire pantelant. Légitimement horrifiée, la France ne peut plus accepter que des criminels dangereux soient relâchés sans contrôle après des années passées à regarder Canal + et son film pornographique du samedi soir en cellule. Une seule solution : les mettre à l’hôpital, où il est notoire que les télévisions ne diffusent que des matches de tennis en après-midi, sans possibilité aucune de baisser le volume.

Le centre médical spécialisé Joseph Staline ouvrira à Lyon en 2009.

Il faut bien le reconnaître, les membres du barreau sont malgré leur dénomination incompétents sur le sujet des criminels endurcis. C’est pourquoi le projet de loi Sarkozy Dati Bachelot interministériel qui sera présenté en novembre ouvre la voie à un traitement extrajudiciaire des individus génétiquement déficients en confiant leur sort à un panel de médecins qualifiés.
Ceux-ci auront la possibilité de prolonger indéfiniment la détention d’un délinquant sexuel en décidant de l’interner dans un hôpital spécialisé. Le premier établissement de ce genre, où seront réunis des pédophiles, ouvrira à Lyon en 2009 [2]. Si l’expérimentation est concluante, nos sources au ministère de la Santé ont confirmé que seront ouverts un hôpital pour communistes à Tourcoing en 2010 et un hôpital pour chômeurs sur le plateau des Mille en 2011. Vers la mi-mai 2012, les hôpitaux psychiatriques seront reconvertis pour accueillir tous les autres.
Ces médecins, totalement indépendants de la justice, seront nommés par l’ancien ministre de la Santé Jean-François Mattéi et assistés d’infirmières bulgares.

Pour de sombres raisons légales, ce projet ne peut pour l’instant s’appliquer qu’à des sujets déjà condamnés. Son objectif étant de pallier les dysfonctionnements de la justice, le gouvernement cherche bien évidemment le moyen d’éviter cette étape peu fiable.
De récentes découvertes scientifiques sont très prometteuses, qui permettront à terme de désigner à coup sûr et en amont du crime quels seront les individus à enfermer. Si cette méthode est validée par décret présidentiel, l’internement préventif des suspects potentiels sera possible préalablement à un quelconque acte d’écrou, ce qui soulagera grandement la justice qui est lente et incompétente, au cas où nous ne l’aurions pas déjà mentionné.

Le président Sarkozy ne jouit pas pour rien d’une précocité légendaire : sa prompte réaction a transformé un fait divers isolé en une occasion de redessiner durablement la carte de la France judiciaire.
Come Nico come.