Culture - Médias
"La Passion du Christ" déchaîne l’anti-romanisme.
Pilate pris alors Jésus et le fit flageller. Jn. 19. 1.
Refusant de colporter les ragots de la presse d’un pays qui met nos foies gras en quarantaine, Brave Patrie s’était jusqu’à présent tenue à l’écart de la polémique qu’a déchaîné ce film dont tout le monde parle mais que personne n’a vu.
Certes, le souvenir de l’occupation Romaine avait bien laissé chez nous quelques souvenirs douloureux - rosa, rosam, rosae, ça va encore, mais dès qu’on aborde consul, bonjour la galère... - et accessoirement deux ou trois jolis temples dont l’église de la Madeleine, mais force était de constater que tout cela était quand même de l’histoire ancienne.
Telle était notre position jusqu’au jour où l’envoi par la poste d’un résumé du film griffonné à la hâte au dos d’un ticket de cinéma d’une salle de Little Italy, à New-York, encore taché du sang de son expediteur anonyme, nous fit froid dans le dos.
Ce qu’on racontait sur ce film dont tout le monde parle sans en avoir vu une image serait donc vrai : La Passion du Christ, de Mel Gibson réveillerait donc les préjugés anti-romains les plus vils et les plus infâmes ?
Ne reculant devant aucun sacrifice pour partir en quête de la vraie vérité vraie, Brave Patrie s’est aussitôt procurée une copie chiffonnée du dossier de presse, faxée par une main anonyme, du dernier film que personne n’a vu mais dont tout le monde parle.
Composé de M. de Loose dont le faible pour les ressortissantes transalpines n’est plus à démontrer, de M. Kala, dont les prouesses en déclinaisons germaniques sont connues jusqu’à Compiègne, de Maurice Panel, dont le Gaffiot défraîchi emprunté à son petit-neveu nous a été d’un grand secours malgré les pages manquantes, de M. Big Balls, venu nous ravitailler en bière, et de votre serviteur, encore capable de réciter dans l’ordre alphabétique le nom de tous ses professeurs de Latin jusqu’à la seconde, un comité ad hoc s’est aussitôt constitué.
Notre analyse de ce film dont tout le monde parle mais que personne n’a vu, fondée sur pas grand-chose (mais pas grand-chose, ce n’est quand même pas rien), est sans appel.
Pendant près de deux heures, ce film montre des Romains (oui, des romains : les propres ancêtres de M. Berlusconi) maltraiter un homme nommé Jésus qui ne leur a rien fait, à part leur parler dans une langue morte qu’on n’enseigne même plus aux Langues-O.
Usant de procédés cinématographiques ô combien tendancieux, ce film insiste complaisamment sur l’image du procurateur de l’époque se lavant ostensiblement les mains après avoir touché Jésus, comme pour bien montrer le dégoût physique que leur inspirait les habitants de la Judée, faisant ainsi des Romains des racistes invétérés.
Véritable bras d’honneur porté à l’encontre des faits historiques les plus vérifiables, on nous montre ce Jésus cloué sur une croix... la main gauche en premier ! Alors que n’importe quel étudiant en Deug d’histoire antique sait pertinemment que la crucifixion s’opérait d’abord par la main... droite.
Enfin, comble de la malhonnêteté historique, ce film montre des légionnaires romains faisant le salut fasciste... en 33 après J.C. ! 1900 ans avant Mussolini ! Mais de qui se moque-t-on ?..
Détail... détail... mais comment ne pas voir un rappel aussi douteux que pervers de l’occupation Italienne de l’Abyssinie, dont nous ne savons rien sinon par les racontars de la propagande jospino-bolchévique ? Quel intérêt de bisser (du verbe bisser : répéter, et non pas baiser) ainsi des passions que le coup d’éponge de l’histoire avait remisées au placard des pages sombres d’une histoire déjà fort ancienne ?
Circonstances aggravantes, la mère de Mel Gibson, 96 ans aux prunes, a déclaré du haut de son déambulateur, peu avant la sortie du film : "Les Italiens, c’est paresseux, voleurs et compagnie ! Qu’est-ce qu’ils viennent nous pomper l’air avec leur pâtes ? Tout le monde sait que c’est les japonais qui les ont inventées. Tout ce qu’ils ont retenus des grecs c’est de promener leurs soldats en jupettes !" et autres immondices du même tonneau que nous nous refusons à reproduire ici.
Phénomène strictement américain ? Nous l’aurions bien voulu, si des signes avant-coureurs d’un réveil des préjugés anti-italiens que tout un chacun voulait croire éteints ne se propageaient pas déjà dans notre Brave Patrie.
Ecoutons plutôt le témoignage de ce brave pizzaïolo, dénommé Mario : "Tous les jours, un type venait me harceler en me demandant une pizza au caviar. Tous les jours... Evidemment, à force de traverser la rue sans regarder, il a fini par se faire écraser. Est-ce que c’est de ma faute, hein ? Est-ce que c’est de ma faute ? Non. Mais maintenant, c’est une jeune femme qui l’a remplacé. Et tous les jours, la même question, pleine de sous-entendus. Qu’est-ce que ça veut dire cette histoire de pizza au caviar ? Que tous les Italiens sont des maffiosi ? Et maintenant, ce film qui insulte les Italiens. J’en sais rien de cette histoire de Jésus ! Et puis d’abord j’étais pas là... J’étais même pas né, à l’époque ! Si ça continue, je retourne en Calabre."
A l’heure ou grâce à l’entremise de M. Perben, la collaboration franco-italienne retrouve son lustre d’antan, il nous apparaît des plus opportuns de nous élever contre la distribution en France de ce film odieux dont tout le monde parle mais que personne n’a vu, et qui risque de faire plus de mal que de bien.
P.-S.
Aux dernières nouvelles, le Vatican envisagerait de réécrire les Evangiles. Selon le Cardinal XXX : "Toute cette affaire a causé du tort aux bonnes relations que nous entretenions avec la communauté italienne. Nous avons contacté les Editions du Cerf pour que toute mention des romains soit remplacé par le mot "Schtroumpf" dans la prochaine édition du Nouveau Testament. C’est normal et c’est bien peu de choses".



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