Société
Les viticulteurs, ces nouveaux humanitaires
Aider le monde, aider la France
La fête a tourné au carnage à Khartoum la semaine dernière : suite à une consommation effrénée d’alcool frelaté, 21 Soudanais sont morts et six autres sont devenus aveugles. Si la logique prohibitionniste tient une part de responsabilité non négligeable dans ce drame, les racines de celui-ci résident avant tout dans l’abandon de ses valeurs fondatrices par la France.
L’alcool, ce devrait être une célébration de la vie, une épiphanie sensuelle, un concentré de bonheur : l’alcool, c’est la joie. Or, trop souvent ces dernières années, on a cru bon de dénigrer cette valeur fondamentale de notre Brave Patrie. A la notable exception de Maxime Gremetz, le talon de fer de la botte gauche a fait bloc pour promouvoir certains paradis artificiels herbacés au détriment des boissons fermentées, donnant au monde l’image d’une France qui reniait son passé et abandonnait, à coups de Loi Evin, à quelques pays du Tiers-Monde historique le soin de promouvoir le nectar des dieux.
Les conséquences économiques et morales de ce parti-pris idéologique, nous ne les connaissons que trop bien : effondrement du secteur, diversification obligée dans la bière low-cost et les premix pour que jamais nos jeunes n’oublient d’où ils viennent, et, humiliation suprême, l’organisation de dégustations gratuites de Pacific dans les bars du petit port costarmoricain de Binic, dans l’espoir que la population retrouve le goût de l’anisette et achète peut-être, avec de la chance, un kil de Pastis des Mousquetaires à l’Intermarché plus haut sur la route quand leur viendra l’envie d’organiser un barbecue de morues.
A ce désastre civilisationnel, que les journalistes ont décidé de masquer, avec une pudeur coupable, sous le terme d’évolution des mœurs, viennent aujourd’hui s’ajouter les très objectifs et concrets cadavres de 21 consommateurs potentiels.
Vingt-et-un hommes et femmes dont le seul crime était de vouloir s’amuser un peu. Qui voulaient, eux aussi, connaître l’ébriété libératrice qui a fait de Rabelais, Omar Khayyam ou Richard Nixon les géants qu’ils sont aujourd’hui dans le patrimoine mondial.
Pour que plus jamais la liste des martyrs de la conspiration du cannabis ne s’allonge, des membres du groupe UMP à l’Assemblée Nationale, emmenés par les députés des principales régions vinicoles, ont ainsi déposé un projet de loi qui permettrait de systématiquement ajouter à l’aide humanitaire française des dizaines de milliers d’hectolitres de vin.
Cette mesure, qui devrait très probablement être votée avant le 29 mai (prenez-en note, amis viticulteurs), permettra non seulement aux populations assoiffées du Sahara de se désaltérer d’un délicieux petit rosé frappé quand le soleil se met à taper dru, mais aussi aux jeunes de notre pays de prendre la mesure de l’importance du vin dans notre histoire lorsque des collectes seront organisées dans les écoles au bénéfice des populations sinistrées du monde entier, et qu’on leur demandera de sauver la planète en offrant un brick de Carré de Vigne ou un cubi de Villageoise, tout comme en 1985 une autre génération soulageait la souffrance des Ethiopiens en faisant don de tonnes de farine, de riz et de Donkey Kong.
Charité bien ordonnée commence par soi-même, et en aidant les miséreux du monde entier, nous nous aiderons nous-même à retrouver nos valeurs fondatrices.



Les vrais Patriotes pratiquent la reaction dans la joie et la bonne humeur depuis 2002.
Reagissez aussi !
Déjà 31 réactions.