Société
Une commission Vérité et Réconciliation pour la France
L’actualité des dernières semaines a mis en exergue la volonté de reconnaissance d’une des composantes de la communauté française. L’occultation dans la mémoire collective de son histoire tourmentée est à la source d’un mal-être encore tenu en sourdine, mais qui pourrait dégénérer en hostilité ouverte si justice ne lui était pas rendue. Conscient que la cohésion de notre Brave Patrie en dépend, le président de la République a décidé de nommer une commission Vérité et Réconciliation, dont l’objectif sera de lever le voile sur les heures les plus noires de l’histoire de France et de rendre leur dignité perdue aux catholiques.
Bien qu’il ait été en proie le 3 avril aux affres de la constipation, Jacques Chirac a tenu à se rendre à la messe à la mémoire de Jean-Paul II dite à Notre-Dame de Paris. Christian Poncelet, le président du Sénat, était derrière lui : "Le président était visiblement contrarié ce jour-là. Mais au fur et à mesure que la cérémonie se déroulait, il s’est détendu, ça se sentait nettement. Il émanait de lui comme un grand souffle de paix."
Selon toute vraisemblance, c’est lors de cette messe que le chef de l’Etat, ébloui par la richesse du kimono de l’archevêque de Paris, a pris la décision de reconnaître la responsabilité de la France dans les outrages dont les catholiques ont fait l’objet depuis plus de deux siècles, et de leur demander pardon.
Les catholiques se sentent en effet mal aimés de la République. Ne nous voilons pas la face, c’est à juste titre : destruction de lieux de cultes lors de la Révolution, séparation de l’Eglise et de l’Etat, brassicafisation forcée de la Bretagne, vote de la loi sur l’interruption volontaire de grossesse, etc., sont autant de camouflets à la face d’une communauté qui par nature tend l’autre joue, ce qui rend l’exercice cruellement facile.
La vague d’émotion provoquée par la mort du Pape a cependant révélé qu’on ne pouvait pas perpétuellement leur clouer le bec, entre autres. L’édition d’un DVD collector par le Figaro Magazine ainsi que le sondage qui révèle que 62% des Français souhaitent que Jean-Paul II soit canonisé et qu’en plus ça soit un jour férié le montrent bien : les catholiques sortent à leur tour du désert et revendiquent leur croyance.
Si l’on ajoute à cela le fourmillement de petits signes imperceptibles, tels le refus du blasphème ou de la persécution policière, la conclusion est évidente : la maison de Pierre compte maintenant riposter, et la multiplication des petits pains se fera dorénavant dans la gueule des mécréants, puérils lions de papier à l’haleine encore chargée de Blandina.
Comment ce peuple d’agneaux a-t-il décidé de rendre clou pour clou ?
Alors que suite au déclenchement de la seconde intifada et aux attentats du 11 septembre il ne se passait pas une semaine sans qu’on mentionne une agression antimusulmane ou antisémite, la communauté apostolique et romaine s’est estimée sous-représentée dans les media. En effet, sauf à se lever tôt le dimanche matin, ce qui est assez pénible si on a tenu à regarder Histoires Naturelles en entier la veille au soir, on pourrait croire en regardant la télévision qu’il n’existe pas de catholiques en France.
Cet oubli a été réparé, de manière tortueuse mais géniale, par Nicolas Sarkozy alors qu’il était ministre de l’Intérieur et de la Doctrine de la Foi. En créant le Conseil Français du Culte Musulman, le bouillant commercial senior de la société Gillette a non seulement transformé d’un coup d’un seul tous les Arabes en musulmans, ce qui rend acceptable la xénophobie leur critique puisqu’elle se fait maintenant sur des critères doctrinaux objectifs, mais il a aussi permis aux Français de se rendre compte que six millions d’entre eux revendiquaient leur religion, alors pourquoi pas nous, hein ?
D’autre part, le gouvernement a mis un terme à un siècle de cannibalisme clérical en prévenant subtilement les athées et autres adorateurs de l’Antéchrist qu’il entendait bien revenir aux vraies valeurs de la France vraie. Cette reconnaissance du rôle du christianisme dans la psyché nationale était un premier pas sur un chemin de croix que les catholiques veulent maintenant gravir jusqu’au sommet avec enthousiasme et béatitude. Ça tombe bien : le chef de l’Etat comme le Premier ministre sont tout disposés à tenir une buvette de ravitaillement sur la route.
Pour que la réparation des outrages du passé s’effectue pacifiquement, la solution retenue a été celle d’une commission Vérité et Réconciliation à la sud-africaine, qui sera établie avant l’été. Pas de sentence, mais une amnistie morale qui permettra aux catholiques de savoir que leurs souffrances ont enfin été reconnues : les impies seront invités à confesser leurs péchés, et l’absolution d’un panel d’ecclésiastiques leur permettra de faire la paix avec leur âme et le Seigneur.
A tout ce dernier tout honneur, justement : c’est Jacques Chirac qui mènera la théorie et donnera, en direct sur TF1, la première déposition publique dans ce lieu chargé de symboles qu’est la place de la Concorde. Au nom de la France, le président de la République demandera pardon pour la Révolution, pour avoir décapeté le pays à la guillotine plutôt qu’à l’épée, tout de même plus seyante à l’oint de Dieu, et pour la Loi de 1905.
Il s’agira ensuite de rétablir la vérité dans la mémoire nationale, à commencer par les manuels scolaires : la terrible persécution des Chouans sera évoquée dans toute son horreur, et l’hérésie protestante dénoncée pour ce qu’elle est (la consubstantiation, sans déconner...). De la même manière, l’héritage catholique de notre pays sera mis en valeur : célébration de la Saint-Barthélemy avec spectacles son et lumières dans les rues de Paris, jouets éducatifs divers (un intéressant croisement du Badaboum et du château de Montségur en Lego sera sans nul doute un must à la prochaine Nativité), remplacement des globes terrestres par des planisphères planiplats dans les écoles, etc.
La compréhension des religions est la clé d’une application sereine de la laïcité, et cette compréhension n’est réellement possible que par adoption. Inviter les préfets à assister à la messe sous peine de mutation en Terre Adélie n’est pas une atteinte au principe de laïcité, bien au contraire : c’est sa démonstration parfaite. Dans un vingt-et-unième siècle indéniablement spirituel, assurer la perméabilité de la République et de la religion est le plus grand chantier qui attend la France et ses dirigeants, et ceux-ci démontrent avec brio qu’il ont la volonté et la capacité de faire de notre pays un acteur à part entière du choc des civilisations.
Prions, nous allons en avoir besoin.



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