Politique
Pentecôte : la chienlit n’a pas eu lieu !
Malgré les promesses d’un nouveau mai 68, les choses se sont passées le plus naturellement du monde, c’est à dire dans le sens d’une augmentation du temps de travail annuel. C’est donc une défaite cinglante qu’a infligé la Bravepatrie des 10 doigts rendus sainement calleux par le travail à cette Bravepatrie des 10 doigts engoncés dans le fondement qui heureusement est en voie d’extinction.
En effet, la Pentecôte n’a pas donné lieu au soulèvement des sans-culottes et des masses laborieuses hostiles au gouvernement dont les syndicats brandissaient la menace. C’est bien ce qui ressort de deux jours de bilans éloquents sur un lundi de Pentecôte qui fait un retour triomphal dans la liste des jours ouvrables.
Bien sûr, l’action syndicale a quelque peu saboté cette manifestation de la solidarité de la Bravepatrie avec ses anciens, mais, très globalement, « l’esprit de responsabilité a prévalu et c’est à l’image de ce qu’est la France » a déclaré M. Copé sur LCI.
En aparté, le porte-parole du gouvernement aurait ajouté que cette journée n’était ni plus ni moins que comparable à une victoire électorale, et que, compte tenu du résultat, l’UMP pouvait se targuer d’une victoire pleine et entière, propos qui se traduisaient dans le même temps dans la bouche de Sabine Hérold par un « on leur a mis le feu ! »
De manière collective, le gouvernement a tenu à saluer maintes fois "l’esprit de responsabilité qui a prévalu" chez les salariés et notamment chez ceux de la RATP qui,pour trente deniers , et malgré les quolibets de social-traîtres n’ont pas hésité à affirmer leur respect du principe d’une journée de solidarité avec les personnes âgées et handicapées.
Quant à notre Premier ministre, il n’a pas détoné sur ce que chacun considère comme SA victoire. En effet, la suppression du caractère férié du lundi de Pentecôte a « permis de dégager deux milliards d’euros », soit « neuf milliards pour la période 2004-2008 », nous apprenait hier soir M. Raffarin lors d’une déclaration à France 2, ponctuée de « Bravo pour ce résultat » et « merci pour ce résultat ». Les observateurs présents lors de cette prestation n’ont pas manqué de relever qu’à l’occasion la calculette poitevine venait d’être dotée d’une fonction permettant d’aborder en toute souplesse et sans régulateur de vitesse ce que certains statisticiens nomment dans leur jargon "la Multiplication aberrationnelle", opération mathématique périlleuse consistant à obtenir par le biais d’une touche symbolisée par un "X" un chiffre souhaité, de préférence avec plusieurs zéros.
Unique souillure sur ce bilan, le Premier ministre a regretté qu’environ un enfant sur deux ne se soit pas rendu au travail en classe.
Mais, malgré cette tache, « les résultats concrets sont là » et la mesure s’est révélée efficace.
Pour conclure sur cette polémique qui n’en est plus une, le bilan de cette journée, véritable plébiscite de la valeur travail, n’aura toutefois pas permis de remplir pleinement les objectifs dont on la croyait porteuse. Cette seule journée n’étant donc pas suffisante , le gouvernement s’oriente dès à présent vers un principe de solidarité de l’ordre d’une suppression de la cinquième semaine de congés payés.



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