Tout vient à point à qui sait attendre : George W. Bush a retrouvé sa feuille de route vers le Vietnam, malencontreusement égarée sous un vieux stock de chalumeaux flexibles en vogue au début des années 1970.

George W. Bush a commencé sa tournée au siège de l’association des femmes battues de My Lai. Dans une rare rencontre avec des citoyens ordinaires, M. Bush a été ravi de trouver un auditoire inexistant. « Votre absence aujourd’hui, femmes battues de My Lai, démontre que l’effort des troupes américaines n’a pas été vain » a-t-il déclaré à l’homme de ménage occupé à épousseter un ossuaire.
Pour le président, l’accroissement de l’indice de bien-être et de la richesse au Vietnam découle directement de l’envoi par les Etats-Unis de conseillers conjugaux et fiscaux dans les années 1960 et 1970. Optimiste, il est convaincu qu’on peut tirer de l’épisode vietnamien des leçons applicables en Irak, tant les similitudes sont nombreuses entre les deux pays.

En effet, comme en Irak, la présence américaine au Vietnam avait à l’époque été violemment décriée (George Bush lui-même n’avait-il pas refusé de partir pour des motifs de conscience ?)
Un autre parallèle est troublant : les Viet Cong affectionnaient le pyjama et les chiites apprécient la chemise de nuit [1].
L’aspect le plus marquant de ces deux guerres, toutefois, est qu’elles avaient l’objectif avoué de promouvoir la libre entreprise et un marché ouvert et concurrentiel dans la région.
Trente et un ans après la chute de Saïgon, les chiffres parlent d’eux-mêmes : avec 8,5% de croissance en 2005 et plus de 20% de ses exportations à destination des Etats-Unis, le Vietnam est une success story patente.

Cet exemple et la méthode inédite suivie par les économistes de la Maison Blanche, George Bush les a mis en avant pour faire passer le message à des Américains dubitatifs quant à sa politique moyen-orientale : « la patience seule nous permettra d’atteindre de tels résultats en Irak ».

Déroutante au premier abord, la méthode américaine d’implantation de la démocratie semble porter ses fruits sur le long terme.

Et c’est bien la patience qui permet aujourd’hui à un président américain de se faire photographier sous un buste d’Hô Chi Minh, ou d’apprécier une promenade sur des petites routes bucoliques où courent encore des petits enfants nus dans une sarabande de rires cristallins.
Le moment le plus émouvant de la visite de George Bush a d’ailleurs eu lieu lors d’une telle promenade : passant à proximité de l’endroit où l’avion du sénateur John McCain - candidat malheureux à la primaire républicaine de 2000 - avait été abattu, suite à quoi il avait passé cinq ans dans les geôles vietnamiennes, le président a tenu à s’arrêter et à donner des cours de ball-trap aux paysans du coin, en échangeant quelques plaisanteries sur leurs yeux bridés qui les empêchaient de bien viser.
Ce geste, ce partage de savoir-faire qui signifie beaucoup pour un Texan, fût-il bidon, prouve bien que la tentative de fusion-acquisition des Etats-Unis sur le Vietnam a fini par porter ses fruits, malgré le scepticisme initial des marchés.

Ce conte de fées, cette exportation du rêve américain, George Bush y croit, et il nous invite à partager son optimisme. Empruntant à Sabine Herold l’une de ses plus célèbres citations et à Sanofi Aventis les effets miraculeux de l’Ambien, George Bush nous conjure d’entrer dans l’espérance : « A Bagdad comme à Saïgon, la révolution sera orange. »