Par décret impérial volonté présidentielle, la désormais fameuse lettre de celui qui donna son nom à tant de stations de métro, remplacera dès la rentrée la dictée de Mérimée, pleine de mots compliqués que plus personne n’utilise, sans rien dire d’une orthographe incompatible avec le langage SMS.

Figure emblématique des "lettres de fusillés à leur tendre maman" - un genre épistolaire qui fit florès de 1940 à 1945 un peu partout en Europe sous divers uniformes, civils ou militaires - la rédaction du jeune "Quy Môquette" n’est pourtant jamais parvenue à ses destinataires.

C’est en effet la conclusion à laquelle était parvenu feu René Rémond, trop tôt parti à l’aune de la longévité d’une Jeanne Calmant, et dont nous publions, à titre posthume, la pièce essentielle qu’il venait d’exhumer.

A l’attention de M. Môquet, Guy

aux bons soins du directeur du camp de Châteaubriand (Loire-Inférieure).

Nantes, le 30 octobre 1941

Cher Monsieur,

Veuillez trouver ci-joint votre lettre du 21 courant que nous vous retournons pour les motifs suivants :

Vous n’êtes pas sans savoir que votre père est interné à Alger pour propagande bolchevique, or votre courrier accuse un défaut d’affranchissement qui ne lui permet pas d’être acheminé hors métropole.

Votre mère étant sur le point d’être déportée à Ravensbrück, l’envoi de lettres et colis n’est plus du ressort des services des P&T mais doit se faire par l’intermédiaire de la Croix Rouge.

En conséquence, et afin d’éviter d’inutiles encombrements en ces temps de pénurie, vos affaires ont été remises à l’Association des Orphelins de la Division Gross Deutschland qui vous remercie pour votre don.

Veuillez, agréer, cher Monsieur, l’expression de notre considération distinguée.

Et l’on dira que les Allemands n’étaient pas corrects...

H-A. P.